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Alain Martel directeur des Assurances Dommages du groupe Macif

Alain Martel - directeur des Assurances Dommages du groupe Macif
Propos recueillis par Joseph GICQUEL 
Jeudi 1 octobre 2009
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Pièce de réemploi, PRE. L’expression devrait de plus en plus sonner à l’oreille des automobilistes. Elle désigne les pièces d’occasion désormais habilitées par la procédure VGE à être utilisées dans les réparations au même titre que les pièces neuves d’origine. Les assureurs veulent la populariser pour réduire le coût des remises en état et sauver plus de véhicules. Tous les acteurs sont aujourd’hui d’accord pour en faire une véritable alternative, même elle restera limitée.
 
"Tout est réuni aujourd’hui pour que la pièce d’occasion remplace la pièce neuve dans de nombreuses réparations"

                                                                                                                  

On parle de plus en plus de la pièce de réemploi. Qu'est-ce qui explique cette actualité et l'incitation à accroître son usage ?
L’utilisation de la pièce de réemploi n’est pas nouvelle. Elle fait l’objet d’expérimentations depuis longtemps. Mais plusieurs facteurs lui donnent une nouvelle actualité et surtout des perspectives, celle de représenter une véritable alternative à la pièce neuve. En premier lieu, la nouvelle procédure Véhicule endommagé (VE), entrée en vigueur en juin, officialise, pour la première fois,  l’usage de la PRE pour réparer les dommages, avec l’aval de l’assuré et de l’expert pour valider la fiabilité et la conformité techniques. La seconde raison est économique. La procédure VE va accroître le nombre de véhicules économiquement irréparables (VEI). La crise économique, qui tire vers le bas la valeur des véhicules d’occasion, accentue cette situation. En conséquence, l’automobiliste qui acceptera d’acheter un véhicule neuf ou un VO récent devra ajouter un complément financier à l’indemnisation de l’assureur. Enfin, l’enjeu global de l’environnement incline à conserver les véhicules plus qu’à les exclure. Par exemple, Orange offre désormais un “bonus” à ses adhérents qui acceptent de garder leur téléphone mobile plutôt qu’en changer. Depuis longtemps, la Macif développe une politique de protection de l’environnement. Cela l’incite à sauver de plus en plus de véhicules en les réparant avec des pièces de réemploi, montées par des professionnels, encadrés par les experts de notre réseau.

 

Aujourd'hui, les véhicules peuvent être réparés avec des pièces neuves dont le prix est couvert par l'assureur. Le sociétaire peut logiquement se dire : à quoi bon préférer des pièces de réemploi ? Il faudrait donc lui donner une incitation…
Bien sûr, le recours à la PRE n’a de chances de s’étendre que si l’assuré y trouve un intérêt personnel et financier; dans certains cas, la conscience environnementale n’est pas suffisante. Des assureurs de pays étrangers testent des formules depuis plusieurs années et certains les appliquent. Trois formules sont le plus fréquemment mises en oeuvre : soit une prime moins chère, soit une réduction voire un effacement de la franchise dans un sinistre, soit, un à-valoir sur la prime suivante. Les pays scandinaves, telle la Suède, ont introduit la pièce de réemploi dans la réparation automobile. Dès la souscription de son contrat, le sociétaire sait que son véhicule pourra être réparé avec des PRE. Bilan : en Suède, 27 % des pièces consommées chaque année sont des PRE. L’Amérique du Nord a également adopté la PRE mais l’utilisation est au choix de l’assuré. Les résultats sont, en conséquence, plus divers et plus contrastés.
Qu’en serait-il en France ? Il est trop tôt pour le dire. D’abord, si on se réfère à la Suède, on ne peut pas comparer un marché de 4 millions de véhicules au marché français de 33 millions. Ensuite, nous sommes en phase de tests. Sept régions de la Macif expérimentent la pièce de réemploi et le sauvetage d’un plus grand nombre de véhicules avec 64 démolisseurs dont 8 appartiennent à des réseaux nationaux de déconstruction. Ces expériences nourrissent une profonde réflexion qui conduira notre mutuelle à décider si oui ou non elle s’engage dans cette voie et sous quelles modalités.
La PRE a ses partisans et ses détracteurs. Ses échecs, jusqu’ici, sont liés à la réticence ou au refus du sociétaire pour les motifs déjà évoqués. Le contexte a changé. Les termes “réemploi”, “recyclage”, “pièces d’occasion” ne sont plus tabous. L’hégémonie de la pièce d’origine, encouragée par les constructeurs, nuit à la réduction des coûts. Si elle se poursuit, le prix des pièces va s’envoler. Ni les automobilistes ni les assureurs ne pourront suivre. La pièce de réemploi instaure donc une concurrence indispensable pour préserver le pouvoir d’achat des automobilistes et permettre aux assureurs d’exercer leur mission avec le maximum de garanties. Rappelons que l’assurance française est l’une des moins chères d’Europe.

 

Si les obstacles semblent se lever côté sociétaire, des freins demeurent en termes de production, d’approvisionnement des pièces. Comment imaginez-vous de les réduire ou de les supprimer ?
Pour des raisons évidentes de fiabilité, de qualité, la pièce de réemploi exige des agréments, des normes, une traçabilité parfaite. Or, toutes les entreprises de la démolition n’ont pas effectué la révolution qui leur permette de satisfaire les exigences d’un marché moderne, dynamique, transparent. Le secteur s’est transformé, amélioré depuis 2003. Le nombre d’acteurs s’est concentré, de 3000 à environ 1200 aujourd’hui, mais tous ne sont pas pour autant encore persuadés du bien fondé de passer à une ère de production industrielle. Un frein pourrait également provenir des experts qui pourraient être enclins à privilégier la pièce neuve pour éviter d’engager leur responsabilité en validant des PRE. Nous les aiderons à lever cette appréhension en les associant à l’élaboration des dispositifs et en les accompagnant dans leur pratique.
Cela dit, quels que soient les progrès des recycleurs de pièces et le degré d’acceptation de la pièce de réemploi par les sociétaires, elle ne représentera jamais que 10 %, 15 %, au maximum 20 % des pièces changées. En outre, la PRE ne suffira pas à résoudre le problème de la disponibilité de pièces. Le marché de la réparation est marqué par un paradoxe, une quasi quadrature du cercle : ce sont les pièces dont le marché a le plus besoin qui manquent le plus puisque ce sont celles qui sont impactées par les chocs les plus fréquents. Il serait logique de réserver la pièce de réemploi aux véhicules de plus de six ans. Il sera illusoire de prétendre en disposer pour les véhicules récents. Dans ce segment, c’est la pièce de qualité équivalente qui couvrira une partie des besoins.

 

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